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Portrait Créatrice : Telle mère tel fil

Bonjour tout le monde, voici la huitième interview de créatrices-créateurs français ( de mon groupe fb privé « les petites entreprises créatives » ) .

Afin de mettre à l’honneur le savoir-faire artisanal français et vous faire découvrir de nouvelles personnes talentueuses. Une nouvelle occasion de découvrir leur travail et leur boutique. Rentrez dans l’univers des créateurs / créatrices, découvrez l’envers du décor !

Pour cette huitième interview, je vous présente Marie, la créatrice couture de la boutique Telle Mère Tel Fil

Bonjour, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Marie, j’ai 32 ans, et après avoir bosser quelques années dans la restauration puis dans le commerce, j’ai décidé de tout plaquer pour tenter l’aventure de entrepreneuriat. Je dessine et conçois des vêtements pour femme en semi mesure, ce qui signifie qu’elles ont le choix de personnaliser le modèle de leur choix, en choisissant le tissu, la longueur ou la forme des manches. Je conçois également des articles pour les enfants. Et dans une démarche écologique, je propose quelques articles zéro déchet, qui sont issus de l’optimisation des mes chutes de tissus. Je choisis mes tissus avec soin : upcyclés, certification Oeko tex ou Bio, fabrication et impression laser française ou au moins européenne. 

D’où vient cette passion pour la couture ? Et quand as-tu commencé à créer tes premiers vêtements ?

Cette passion me vient de ma grand-mère et de ma mère, que j’ai toujours vu coudre et tricoter. Ma grand-mère a été couturière une grande partie de sa vie, elle confectionnait des tailleurs pour un atelier parisien, et plus tard s’est mise à coudre et tricoter pour ses enfants puis petits enfants. Ma mère a travaillé plus de 15 ans dans une usine de confection de bagagerie, en tant que couturière. Elle s’est reconvertie car l’usine a était rachetée puis fermée (merci les asiatiques …!). Après ça, elle ne cousait que ponctuellement, pour retoucher nos vêtements, mais j’étais fascinée par sa machine à coudre à chaque fois qu’elle l’a sortait du placard. Cela me semblait tellement être un truc de grand, que je n’ai jamais osé demander à essayer !! Ce n’est que plus tard, un peu avant la trentaine, travaillant à Cultura, et côtoyant de la mercerie et du créatif toute la journée, que je me suis dit : je vais me lancer ! j’ai acheté une première machine à coudre, avec déjà des projets déco plein la tête ! Ma première création, comme pour beaucoup de couturière, fut la pochette à zip. Je me suis lancée dans le vêtement il y a seulement 3 ans, après que ma famille m’ait offert des cours chez une professionnelle, car je n’osais pas me lancer, cela me paraissait tellement inaccessible à l’époque. Et maintenant je dessine mes propres vêtements et je me lance dans la robe de mariée, le temps passe vite quand on est passionnée !! 

Quand as tu ouvert ta boutique et qu’est ce qui t’as poussé à le faire ?

Je me suis lancée en fin d’année 2018, suite à une proposition pour participer à un pop up store de noël. J’en avais ras le bol de mon boulot, j’étais à deux doigts du burn out, je cherchais un autre boulot depuis un moment. Du coup j’ai tout lâché et je me suis lancée un peu sur les chapeaux de roues, sans avoir une idée bien précise de ce que je voulais vraiment faire. Une fois l’effusion des fêtes passée, j’ai pris le temps de concevoir une petite collection de vêtements femme, et de créer moi même un site de A à Z. Je l’ai ouvert en avril 2019, en même temps que j’ai sorti ma première petite collection. Mes sœurs ont pris la pose pour le shooting et moi j’ai fait les photos. Le même pop up store m’attendait aussi pour le mois de mai. 

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

J’ai de nombreuses sources d’inspiration. Comme beaucoup je me promène souvent sur Pinterest, sur Instagram. Je suis certaines marques comme Sezane, Rouge, ou Comptoir des Cotonniers, qui font des pièces très féminines, et qui donnent plein d’idées. J’observe aussi beaucoup ce qui m’entoure, et surtout les femmes, ma mère, mes soeurs, mes cousines, mes amies. Elles sont toutes autant de morphologies différentes, et je note dans un coin de ma tête ce qui les rends belles, féminines et séduisantes. Même en voyage, je ne m’arrête pas d’observer et garder des notes et des images dans un coin de ma tête, l’inspiration est partout où l’on veut bien ouvrir un peu les yeux ! Les pièces que je conçois se dessinent donc dans mon esprit au fur et mesure. Parfois très vite, comme une évidence, et parfois plus lentement, je tâtonne, ça se peaufine, jusqu’au jour où j’ai tous les éléments et que je peux dessiner enfin ce que j’ai en tête. Il n’y a pas vraiment de règles en fait ! A partir de là, je passe au patronage. J’utilise la méthode DP studio de Dominique Pellen pour concevoir et dessiner tout mes patrons. Puis vient ensuite le temps des prototypes, parfois nombreux, et des essayages, avant de valider le bon patron. 

Si tu pouvais travailler en collaboration sur un projet avec un/ une autre créatrice/créateur, avec qui rêverais-tu de travailler ? 

J’adorerais travailler avec une marque de tissu qui crée ses propres motifs, mais pour cela il faudrait que j’ai un poids de vente plus lourd, car ce n’est pas le tout d’imprimer du tissu et de coudre, il faut être sure de vendre un minimum pour rentabiliser le projet. Sinon, comme je suis en train de développer un aspect plus mariage/robe de cocktail, j’adorerais travailler avec une marque française de robe de mariée. 

Quels sont tes comptes Instagram favoris de créateur/créatrices ? 

Je suis de très nombreux créateurs sur Instagram, il y en a beaucoup que j’adore (trop pour tous les citer!), mais je n’ai pas vraiment de favoris. En revanche il y a deux comptes que j’adore, qui ne sont pas des comptes de créateurs, mais qui peuvent aider les créateurs, notamment de mode, à progresser : – @nouveaumodele.podcast : une super nana qui sort un podcast toutes les semaines, où elle interview des créatrices, des jeunes marques, de jeunes entreprises, dans le monde de la mode, que ce soit des vêtements, de la lingerie, des maillots de bain, des bijoux ou autres, mais qui ont à coeur de s’engager envers la planète et l’humain, et de faire de leur mieux pour changer le monde, à leur niveau et avec leur marque. C’est un super podcast qui donne envie d’avancer, de se lancer, et de contribuer à faire quelque chose de bien, de mieux, dans notre société, tout en goûtant au monde de l’entreprenariat.    @makemyclothesgreatagain : pour le coup ce compte est très ciblé mode textile, puisque son objectif est de nous faire prendre conscience des dérives de la mode, mais aussi de nous aider à (ré)apprendre à consommer plus raisonnablement, en privilégiant les marques éthiques (les vrais !! pas celles qui font du greenwashing), les petits créateurs qui font de la production locale en quantité raisonnée, et le seconde main.  

Quels conseils donnerais-tu à un nouveau créateur débutant sur Instagram ? 

Déjà de ne pas se jeter à l’eau sur un coup de tête, à moins d’avoir une belle avance financière, ou de conserver son premier boulot, et un beau budget à mettre dans la boîte ! C’est très long de se faire connaître sur Instagram, surtout quand on est une personne lambda, et qu’on ne connaît personne dans le milieu pour jouer du bouche à oreille. C’est donc pas mal de créer un compte, faire un peu de teasing, et commencer à faire connaître sa marque avant de la lancer complètement. 
– Ensuite, se faire rapidement un book, un visuel, de ses créations, de ce que l’on a à proposer, et postuler très rapidement à de bons pop up store ou revendeurs, pour se faire voir dès le départ. Et ne pas tergiverser 107 ans pour essayer les choses les unes après les autres, croyez moi le temps passe trop vite, surtout quand vous avez une durée limitée pour lancer votre boîte. – Bien réfléchir à l’identité de votre marque dès le départ et cibler tout de suite la bonne clientèle. Pour ma part je me suis un peu dispersée entre les créas vêtements et les créas enfants, (alors qu’au fond, ce dans quoi je m’éclate le plus c’est les vêtements) et je suis tributaire de deux clientèles différentes, ce n’est pas toujours évident à gérer. – Trouver LE petit truc qui va faire que vous vous démarquez, que vous n’allez pas vous noyer parmi l’offre de créateurs sur Instagram. – Développer très vite ce qui peut rendre votre marque éthique, car dans notre société actuelle c’est un plus et que de toute façon, toute marque qui se crée a quasiment un devoir moral de l’être un minimum, c’est devenu une évidence. – SI vous en avez les moyens financiers, et je dis bien si car je suis bien placée pour savoir que ce n’est pas le cas de tout le monde : trouver quelqu’un pour faire votre site internet si vous en voulez un, car vous ne voulez pas passer par une market-place, car cela prends un temps de dingue. Prenez un photographe pour shooter vos produits, surtout si c’est de la fringue. Je peux faire 600 photos pour en extraire seulement une quinzaine de belles. Tentez des collaborations ou des échanges de bons procédés avec un jeune photographe ou créateur de site, afin de limiter vos coûts, faites jouer vos connaissances. Ce n’est pas toujours évident d’être multi casquettes, et parfois on finit par faire plus de choses pour se vendre, que vraiment produire ses créations et utiliser son savoir faire d’origine. Après tout dépend bien sûre du type de créations que l’on propose, certaines demandent un temps de fabrication bien plus long que d’autres …

Quelle est la création de ta boutique dont tu est la plus fière ? 

Ma robe Jeanne (  une robe cache coeur verte mi longue ), la toute première que j’ai dessinée du début à la fin et totalement seule. Le prénom de ma grand mère pour cette pièce a été une évidence. Elle n’est pas dispo sur le site en ce moment, car cela fait un moment que je ne l’ai pas retravaillée, mais j’aimerais la proposer à nouveau pour le printemps.

Peux tu nous décrire ton espace de travail? Plutôt fouillis ou très organisé ? 

Jusqu’à la fin de cet été je travaillais entre ma salle à manger et mon bureau, alors niveau organisation c’était pas trop ça ! Depuis mes parents et l’amoureux m’ont aidé à retaper un grenier chez moi et à le transformer en atelier. J’adore cette pièce, depuis je peux travailler de façon plus organisée ! Mais bon, je suis comme tout le monde, je me laisse parfois un peu déborder par le bazar … mais ça ne dure pas ! 

As-tu des revendeurs ? si oui, où peut on retrouver tes créations ? 

Pour le moment je n’ai pas de revendeur. J’ai voulu créer mon site pour vendre en direct et éviter les marges que prennent les boutiques (environ 30%, quand il ne faut pas en plus payer un droit d’entrée …), car j’ai un coût matière élevé (et en micro entreprise on ne récupère pas la TVA), et un temps de confection très long (environ 6/8h pour une robe cache cœur). Si certains trouvent que mes robes sont chères, je ne suis pas vraiment d’accord au vu du temps que j’y passe. C’est tout le problème des créatrices de vêtements faits main de nos jours… J’essaie de profiter d’instagram pour faire connaître mon site, mais il faut être réaliste, c’est très difficile de se démarquer au milieu d’instagram, et cela demande d’y passer beaucoup de temps. Hors ce temps sur Instagram est du temps que je ne passe pas à coudre … J’envisage donc de chercher des revendeurs pour le printemps, afin de gagner un petit peu en notoriété, je croise les doigts. 

Parmi toutes ces créations, si tu devais en choisir qu’une laquelle serait-ce ?

Ma robe Jeanne toujours, mais j’en ferais une version longue !

 Ou bien l’une de robes de mariée que j’ai en tête et qui n’est encore que sur papier pour le moment, mais bon … pas facile à porter tous les jours quand même !

( Au moment où se déroule l’interview, nous sommes en pleine période de confinement suite à une pandémie ) , comment vis-tu la situation ?

Cette période de confinement ne change pas grand chose à mon quotidien dans le sens où je travaille déjà à la maison. Par contre ce qui impacte mon entreprise c’est de ne plus pouvoir envoyer de colis, et le fait de ne plus avoir de garantie, voir des ruptures concernant la livraison de mes matières premières. Je travaille en flux tendu sur mes stocks et je suis souvent obligée de commander sur les merceries en ligne pour pouvoir honorer mes commandes. Honnêtement je ne sais pas si mon entreprise va survivre à ce nouvel événement… J’envisage de plus en plus sérieusement de revoir l’offre Telle mère tel fil afin que ma passion fasse toujours partie de mon quotidien, et de reprendre un autre travail… Les temps sont vraiment dures pour les petits créateurs …

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